Petites et moyennes entreprises, jeunesse et institutions redessinent les relations entre l’Italie et l’Afrique

Petites et moyennes entreprises, jeunesse et institutions redessinent les relations entre l’Italie et l’Afrique

Rome, le 6 mars 2026Trois jours de dialogue, des dizaines de voix différentes, un fil conducteur : raconter l’Afrique telle qu’elle est réellement. La dernière journée a mis en relation institutions et PME, universités et jeunes leaders, organismes de formation et diaspora. Chaque intervention a constitué, à sa manière, un acte de résistance contre la narration simpliste souvent véhiculée par les médias italiens. Les données, les récits et les expériences présentés ont restitué l’image d’un continent en mouvement, prêt à accueillir de nouveaux stimuli.

L’ouverture de la session plénière du matin a été assurée par Martin Arevalo, Country Director Italy de UNOPS, et Oroh Roland Oletu, Directeur de l’Agribusiness EU-Nigeria Platform. Dès les premières paroles, le ton était clair : plus de coopération épisodique, plus de logiques d’assistance. « L’ampleur des transformations en Afrique est extraordinaire », a déclaré Arevalo, évoquant urbanisation, climat et expansion numérique comme des forces simultanées, qui se poursuivent et se multiplient.

La première conférence, modérée par Carlos Lougourou, Sustainability Advisor chez Assoholding, s’est concentrée sur la recherche et la formation professionnelle. Pietro Sebastiani, fondateur du LUMSA University Africa Center, a souligné la nécessité de créer des parcours de formation conjoints et des programmes d’échange capables de suivre les évolutions démographiques et économiques d’un continent jeune et en pleine accélération. Cinzia Corsetti (AICP) a apporté une perspective différente, celle du coaching : un leadership authentique naît du courage de réaliser des projets qui reflètent réellement son identité. Le panel a également accueilli Aristide Aly Boyarm, consultant IT et fondateur de DEVCHAMPION, Rosario Vigliotti, Associé de la Fondazione Gran Sasso Tech, Andrea Carapellese, expert international en investissement (UNIDO ITPO), Carla Pampaloni de Federmanager, Andrea Cinque, économiste au Centre de développement de l’OCDE, et Ablam Gerard Agoudou, ingénieur et responsable technique des infrastructures chez Volo Air Side.

De la micro‑entreprise à l’espace : le droit de regarder les étoiles

La réflexion s’est étendue aux nouvelles trajectoires de développement des marchés africains. La session d’ouverture, modérée par Ada Ugo Abara (CEO de D-Tech 4Good), a mis en lumière la complexité et le potentiel de l’Afrique contemporaine. Yannick Deza, fondateur de Data Bites, basé entre le Ghana et la Côte d’Ivoire, a montré comment sa plateforme utilise données et graphic design pour rendre les singularités des 54 pays africains plus accessibles au public international. Il a rappelé que « la véritable connaissance se trouve dans la tête des gens » et que, malgré la difficulté de saisir l’informalité économique avec les outils traditionnels, l’innovation reste essentielle.

Depuis le Nigeria, Nwanne Nwonwu (Rising Tide Africa) a présenté des exemples tirés de son programme de formation pour les femmes, misant sur l’apprentissage expérientiel comme levier d’empowerment financier. Gideon Brefo (HapaSpace) a expliqué son travail de connexion entre écosystèmes d’innovation, startups et institutions diplomatiques. Puis Ian Elly Ssali Kiggundu, juriste, a ouvert un horizon inattendu : le droit spatial africain. De l’Agence spatiale sud-africaine à celle du Rwanda, de l’Égypte à l’Éthiopie, le continent apprend à regarder vers le ciel. « Les Africains regardent aussi le ciel et veulent en faire partie », a-t-il affirmé. Espace, sécurité et souveraineté technologique : trois notions désormais indissociables.

Mode & Design : le Made in Italy rencontre la créativité africaine

La table ronde sur la mode a révélé ce que les chiffres d’exportation ne racontent pas toujours : la beauté d’une rencontre entre visions. Le designer nigérian Ugo Monye a réclamé structure, méthode et sérieux institutionnel pour le secteur du fashion africain. Roberto Corbelli a répondu avec un exemple concret : quarante réalités productives à Lagos travaillant selon la méthode et la qualité italiennes, incarnant une classe entrepreneuriale jeune, internationale, « humaniste et artisanale ». Vasco Rocha, CEO de la Mozambique Fashion Week, a décrit une filière qui est aussi une histoire : du coton cultivé dans le sol jusqu’au podium.

Du côté institutionnel, Claudio Pasqualucci (ICE) et Alessandra Rainaldi (Italian Trade Agency) ont rappelé le projet Italian Smart Living, dédié au design et à l’ameublement italien de haute qualité au Rwanda et dans les pays voisins, avec déjà cinq rendez-vous programmés pour 2026. La table ronde a également accueilli Yusra Reja (Yusra Homes, Éthiopie) et Giuseppe Pancione, CEO de Luxury Windows Italia.

Fondations, ONG et société civile : piliers de partenariats inclusifs

Le panel, facilité par Bertrand Honore Mani Ndongbou, a tenu un discours souvent absent de la diplomatie officielle. Mario Giro (Communauté de Sant’Egidio) a encouragé à considérer l’Afrique avec la même perspective que l’Asie, imaginant des modèles d’industrialisation à long terme. Sandro De Luca (LINK 2007) a parlé de l’Italie comme pays de destination migratoire et du délicat équilibre entre aspirations et réalités. Maddalena Procopio (ECFR) a souligné que les médias italiens montrent surtout les conflits africains, occultant son entrepreneuriat, ses cultures et sa vitalité. Essa Eskander, président de la Fédération des Travailleurs Égyptiens en Italie, a rappelé la mission du syndicat depuis les années 1990 : protéger les droits et faciliter le regroupement familial.

Énergie, innovation et agriculture pour une transition durable

Modérée par Matteo Spagnolo (CEO Rinnovabili), la conférence a mis en lumière les défis de la transition énergétique africaine entre conformité, transfert technologique et standards internationaux. Ester Stefanelli (ENI) a apporté la perspective d’un opérateur mondial, tandis que Rima Jreich (Res4Africa) a souligné le rôle essentiel des femmes comme entrepreneures dans les solutions vertes. Cristina Altomare (UNDP Rome Centre) a présenté l’initiative Energy for Growth in Africa. Valentina Gentile (ENEA) a rappelé les synergies avec Horizon Europe et encouragé l’idée d’un futur « Erasmus Africa ». Mario Di Giulio (Université Campus Bio-Medico) a montré comment les nouvelles réglementations peuvent devenir des opportunités.

Un espace d’échange pour renforcer la communauté IABW

Au sein de la Business Community Roundtable, Diop Aminata, vice-présidente de We First, a présenté des entrepreneurs de Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Mali et du Sénégal. Kane Papa Malick, président de We First, a exprimé sa fierté pour la diaspora et pour IABW. Edoardo De Vito (Delta Holdings) a rappelé le rôle central des PME – « 60 à 70 % du tissu productif italien ». Le message final est clair: la diaspora africaine en Italie est un pont non seulement entre pays, mais aussi entre générations et systèmes économiques.

La jeunesse qui construit des ponts

L’enthousiasme du modérateur Francis Kaduki, de l’IABW, a captivé l’auditoire jusqu’à la dernière minute, avec un appel à impliquer véritablement les jeunes générations. Cinq intervenants ont abordé le thème de l’intégration culturelle et sociale, ainsi que celui, crucial, de la reconnaissance identitaire. Ange Rosine Ishimwe a présenté Africa Connect Initiative, fondée en 2024. Avec Angelique Umutoni, elle a illustré les programmes d’intégration linguistique et culturelle pour les Afro-descendants en Italie. Roxani Roushas (UNDP) a évoqué les initiatives Youth4Climate, du tuk-tuk électrique au tissu traditionnel. Giuseppe Bennici a rappelé : « Là où il y a des difficultés, il y a aussi des opportunités. »

Un moment marquant fut l’intervention de Carlos Lougourou : « Nous sommes tous des acteurs du changement, tant que nous croyons en un monde fait de collaboration et d’innovation. L’avenir, c’est aujourd’hui. »

Clôture

Mehret Tewolde Weldemicael, PDG de l’IABW, a clôturé ces trois jours de travaux par un discours qui a su allier vision et pragmatisme. Elle a évoqué les échanges entre les continents et les générations, le rôle unique de la diaspora africaine – pont non seulement entre l’Italie et l’Afrique, mais aussi entre les pays africains eux-mêmes – et la satisfaction d’avoir enfin réuni autour d’une même table des institutions financières italiennes et africaines, publiques et privées. Les délégations venues du Sénégal, du Ghana, du Nigeria, d’Éthiopie et du Kenya, malgré les grandes difficultés rencontrées pour se déplacer ces derniers jours, sont la preuve que le réseau existe et que l’intérêt est réciproque.

Mais le passage le plus émouvant a été celui sur la dignité d’être afro-italiens et afro-italiennes : une identité à assumer avec fierté, et non à justifier. Et sur les jeunes, revendiqués comme protagonistes du présent, et non d’un avenir abstrait et lointain, dans la co-création d’un progrès authentiquement humain. La voie vers le changement, a conclu Tewolde Weldemicael, est déjà engagée. Cette semaine en a été, à tous égards, une démonstration importante.

Dans l’ensemble, le 6 mars n’a pas été une journée de bilans, mais de débuts. À l’intérieur comme à l’extérieur des salles de conférence, les participants ont échangé des opinions sur des idées et des projets ayant toutes les qualités pour devenir des espaces de collaboration concrète. Formation, énergie, mode, espace, culture, diaspora : ce ne sont pas des domaines séparés, mais des parties d’une même mosaïque qui, grâce à la direction experte d’Italia Africa Business Week, édition après édition, s’unit et s’étend toujours davantage. 
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